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Mercredi 27 avril 2005

ODEURS INDUSTRIELLES ET GENE OLFACTIVE

 

Mémoire de maîtrise de Psychologie de l’Environnement (juin 2005)

UNIVERSITE PARIS X Nanterre

Bénédicte MORIN

 v INTRODUCTION

 Cette recherche s’inscrit dans le domaine de la Psychologie de l’Environnement dont la spécificité réside dans l’analyse des perceptions, attitudes et comportements en relation explicite avec le contexte dans lequel l’individu évolue. Ce champs de la psychologie traite de plusieurs thèmes tels que les environnements urbains : la perception, l’appropriation et les conduites sociales ; les représentations écologiques, les comportements environnementaux ; la qualité des ambiances : du stress au confort, thème auquel nous allons tout particulièrement nous intéresser dans la cadre de notre recherche sur les odeurs industrielles et la gêne olfactive.

 

v OBJECTIFS

 

Ø évaluer la gêne olfactive ressentie par les riverains proches d’un site de traitement des déchets émettant des odeurs ;

Ø identifier les facteurs psychosociaux et démographiques influençant cette gêne et ceux susceptibles de la prédire ;

Ø et enfin, à titre exploratoire, montrer l’impact des odeurs sur les états psychologiques des individus.

 

v RÉSULTATS

 

Ø  En ce qui concerne le premier objectif :

Une analyse descriptive des résultats a révélé qu’en moyenne, les riverains de la ville de Courcouronnes sont « plutôt gênés » ou « très gênés » par les odeurs émises par le site de traitement des déchets de Vert-Le-Grand. Ils s’estiment plutôt fortement exposés aux odeurs.

Une analyse plus fine en terme de pourcentages montre que ce n’est pas tant la fréquence des odeurs qui est problématique mais leur intensité qui est jugée « plutôt forte » ou même « très forte ».

L’analyse de corrélations mettant en évidence une corrélation significative et positive entre l’exposition aux odeurs et la gêne olfactive (r = .48 ; p= .000) confirme notre première hypothèse selon laquelle : « Les odeurs sont source de gêne pour les habitants de Courcouronnes, proches du site de traitement des déchets de Vert-Le-Grand ». Plus les riverains se sentent exposés aux odeurs plus ils sont gênés par celles-ci.

Le site de Vert-Le-Grand est source de gêne pour les riverains qui en sont proches.

 

 

Ø  En ce qui concerne le deuxième objectif :

six hypothèses ont été posées, toutes ont été confirmées, ou partiellement.

 

L’analyse descriptive de l’item « évaluation des odeurs » a révélé que les riverains évaluent les odeurs comme ayant des effets « assez » voire « très » nocifs sur leur santé. De plus, les corrélations montrent un lien significatif et positif entre l’évaluation des odeurs et la gêne olfactive ( r= .47 ; p = .001), ce qui signifie que la croyance en des effets nocifs des odeurs sur la santé a une forte influence sur l’estimation de la gêne. Ces résultats concordent avec ceux de Cavalini (1992) et avec le modèle de stress de Folkman et Lazarus (1984). En effet, plus les individus évaluent les odeurs comme dangereuses pour leur santé physique et mentale plus ils sont gênés par celles-ci.

 

Nous avons essayé d’expliquer la croyance en des effets nocifs des odeurs sur la santé. Nous nous sommes renseignés auprès de l’association de protection de l’environnement de la Ville de Courcouronnes ainsi qu’à la mairie. Les riverains n’ont jamais été informés sur la nature des substances à l’origine des odeurs ce qui pourrait justifier leur doute quant à la nocivité de ces odeurs. Les observations reflètent l’inquiétude des riverains à l’égard de la qualité de l’air.

Peut-être serait-il intéressant de proposer à l’industrie de communiquer les analyses effectuées autour du site mentionnant la nature et les concentrations d’odeurs émises. Ainsi, plus de communication entre l’industrie et la population et plus d’informations fournies sur les émissions odorantes pourraient diminuer la gêne. Ceci est une hypothèse que nous avons émise après l’analyse des résultats obtenus à l’item « évaluation des odeurs ».

L’attitude envers l’industrie source d’odeurs a une influence sur l’estimation de la gêne. L’analyse descriptive a tout d’abord révélé en moyenne un degré d’accord pour les items qu’ils soient négatifs ou positifs. Ceci montre que les items proposés ne sont pas discriminants. Ces résultats mettent en évidence un manque de pertinence dans le choix des items.

Toutefois, l’analyse de corrélations montre deux corrélations significatives et positives entre :

-          la gêne olfactive et l’attitude 2 (« Trop près de chez moi »)

(r = .22 ; p = .024).

-          la gêne olfactive et l’attitude 4 (« Polluant » ) (r = .26 ; p = .007).

 

Ainsi, plus les riverains jugent le site trop près de chez eux plus ils s’estiment gênés par les odeurs émises par celui-ci, d’une part, et plus ils évaluent le site comme « polluant »  plus ils sont gênés , d’autre part. Notons que ces deux corrélations correspondent à des attitudes négatives envers l’industrie source d’odeurs et mettent ainsi en évidence l’influence de ces attitudes sur l’estimation de la gêne. Ces résultats vont dans le sens de ceux trouvés par Cavalini (1992) qui montrent que l’attitude envers l’industrie  est un facteur important dans l’estimation de la gêne.

 

Toutefois, nous pouvons dire qu’étant donné l’absence de corrélation significative entre la gêne et les attitudes 1 (« Utile à l’économie du pays »), 3 (« Indispensable »), 5 «(« Source d’emplois ») et 6 (« Dévalorise le paysage ») l’hypothèse selon laquelle : «  L’attitude envers la source des odeurs influence positivement l’estimation de la gêne. Plus les individus ont une attitude négative envers la source plus ils s’estiment gênés. » n’est que partiellement confirmée. Précisons tout de même que ceci est certainement dû au choix des items qui ne correspondaient pas à deux groupes d’attitudes négatives et positives bien distincts.

Il serait intéressant d’étudier l’influence de la représentation de  l’activité de l’usine sur l’évaluation des odeurs comme pouvant être nocives pour la santé. L’activité de l’industrie semble importante dans l’évaluation des odeurs. Par exemple, les odeurs d’une usine de gâteaux ne seront pas évaluées de la même manière que celles émises par une raffinerie de pétrole.

 

La tonalité hédonique des odeurs influence la gêne. En effet, ces deux variables sont corrélées significativement et de manière négative

( r = -.32 ; p = .001). Plus les riverains qualifient les odeurs du site de traitement des déchets de désagréables, plus ils s’estiment gênés par celles-ci. L’analyse descriptive de cet item révèle que la majorité des individus interrogés (87 %) qualifient ces odeurs de « très désagréables » ou « plutôt désagréables ». Ces résultats confirment notre hypothèse selon laquelle : « La tonalité  hédonique  des odeurs, agréables ou désagréables influence l’estimation de la gêne olfactive ».

 

Ces résultats vont dans le sens de ceux trouvés par Winneke et Kastka (1987) qui à travers l’étude de la gêne olfactive autour de trois usines différentes dans leurs activités avaient mis en évidence que pour des concentrations d’odeurs égales autour d’une usine de chocolat, d’une distillerie et d’une raffinerie, le niveau de gêne était très différent, le niveau de gêne étant plus faible autour de l’usine de chocolat qu’autour des deux autres industries. Ces auteurs ont ainsi montré que la tonalité hédonique des odeurs jouait un rôle important dans l’estimation de la gêne.

Le site de Vert-Le-Grand est une centre de stockage et de traitement des déchets, la représentation de l’activité de cette industrie peut influer sur la manière dont les individus vont qualifier les odeurs.

Nous pouvons émettre une hypothèse selon laquelle : « La tonalité hédonique des odeurs dépend de la représentation de l’activité de l’industrie que se font les individus ».

 

L’analyse de corrélations entre la sensibilité olfactive et la gêne montre une corrélation positive et significative (r = .45 ; p = .000), confirmant ainsi l’hypothèse selon laquelle : « L’estimation de la sensibilité olfactive des habitants influence la gêne ». Plus les riverains estiment être sensibles aux odeurs plus ils sont gênés par celles du site de Vert-Le-Grand. Cavalini (1992) trouve des résultats similaires dans les études qu’il a menées autour de 3 sites industriels différents.

De plus, l’analyse descriptive révèle que la majorité des riverains interrogés (72 %) se déclarent « assez sensibles » aux odeurs. Cette analyse met en évidence le lien entre la sensibilité aux odeurs et la gêne olfactive.

 

Toujours dans le cadre du deuxième objectif, nous avions émis l’hypothèse selon laquelle : « Les variables démographiques telles que : l’âge, le sexe et l’ancienneté dans l’habitat actuel influencent la gêne ». Celle-ci n’a été que partiellement confirmée.

 

Une corrélation significative et positive entre la gêne olfactive et l’âge a été mise en évidence. Plus les individus sont âgés plus ils s’estiment gênés par les odeurs. Ce résultat s’oppose à celui présenté par Cavalini, dont l’analyse de corrélation montrait l’existence d’un lien significatif et négatif entre l’âge et la gêne. En effet, il apparaissait que plus les individus étaient jeunes plus ils étaient gênés par les odeurs. Cavalini expliquait ce résultat par une baisse de la sensibilité olfactive avec l’âge et par conséquent un niveau de gêne moins important chez ces personnes.

Par contre, parmi les variables démographiques retenues (sexe, âge et ancienneté dans l’habitat) seul l’âge influence l’estimation de la gêne.

 

L’analyse de régression qui a introduit les différents facteurs corrélant significativement avec la gêne met en évidence quatre prédicteurs, à savoir « l’exposition subjective aux odeurs », « l’évaluation des odeurs », « la sensibilité olfactive » et « l’âge ». 

Ainsi, plus les riverains se sentent exposés aux odeurs, plus ils les évaluent comme nocives pour leur santé et plus ils s’estiment sensibles aux odeurs, plus ils sont gênés par celles-ci.

Trois variables psychosociales apparaissent comme prédictives de la gêne et à un moindre degré, la variable démographique « âge ».

Nous pouvons donc dire que cette hypothèse est partiellement validée.

 

Ø  En ce qui concerne le troisième et dernier objectif :

Les corrélations entre l’exposition aux odeurs et les états psychologiques tels que l’anxiété, le stress, l’irritabilité et l’agressivité montrant l’impact d’une exposition aux odeurs sur la santé mentale des riverains confirment notre hypothèse selon laquelle : .

« L’exposition subjective aux odeurs influe sur les états psychologiques des individus ».

L’analyse descriptive montre que l’exposition aux odeurs est jugée assez importante par les riverains surtout en raison de la forte intensité des odeurs. De plus, une minorité de riverains mentionnent des effets négatifs des odeurs sur leurs états psychologiques (anxiété, stress, irritabilité, agressivité).

 

Toutefois, l’analyse de corrélations montre que plus les riverains se sentent exposés aux odeurs du site de traitement des déchets plus ils se disent anxieux, irritables, stressés et agressifs.

 

Outre une gêne, les odeurs provoquent l’apparition d’états psychologiques « négatifs ».

 

v CONCLUSION :

Notre recherche a permis de répondre aux trois objectifs que nous avions posés.

En effet, d’une part, les résultats ont montré que le site de traitement des déchets de Vert-le-Grand est source de gêne pour les riverains qui en sont proches. De plus, il a été constaté que les riverains s’estimaient beaucoup trop exposés aux odeurs, non pas par leur fréquence d’apparition mais par leur forte intensité.

 

D’autre part, nous avons mis en évidence l’influence de plusieurs variables telles que l’évaluation des odeurs, l’attitude envers l’industrie, la tonalité hédonique des odeurs et la sensibilité olfactive sur l’estimation de la gêne. Il ressort de l’analyse de régression que les facteurs psychosociaux : « exposition aux odeurs », « évaluation des odeurs » et « sensibilité olfactive » sont les prédicteurs de cette gêne ainsi que le facteur démographique « âge », à moindre degré.

L’intensité d’une odeur est difficilement contrôlable et demande la mise en place d’installations de traitement des odeurs qui représentent un fort coût d’investissement pour les industriels qui ne sont pas tous prêts à cela. Nous avons fait le lien entre la croyance en des effets nocifs des odeurs sur la santé et un manque d’informations sur la nature ainsi que sur la concentration des odeurs émises par le site de Vert-Le-Grand. Nous proposons l’idée suivante : l’industrie pourrait communiquer aux riverains des villes voisines (Courcouronnes, Bondoufle et Lisses), par le biais d’un journal, la nature et les concentrations des odeurs ainsi que les moyens mis en œuvre pour faire face aux nuisances olfactives (s’il y en a). Nous pouvons émettre l’hypothèse que l’information et la communication entre les riverains et l’industrie pourrait réduire la croyance en des effets nocifs des odeurs et améliorer l’attitude envers l’industrie, ce qui pourrait avoir pour conséquence une diminution de la gêne. Dans la mesure où le site industriel de Vert-Le-grand est en pleine expansion, cette proposition de communication entre les deux parties semble être une solution pour que les personnes se sentent moins gênées par les odeurs mais nous avons conscience que ceci n’améliore en rien la qualité de vie.

 

Enfin, à titre exploratoire, nous avions pour objectif de montrer dans quelle mesure les odeurs peuvent influer sur les états psychologiques des individus. Les résultats ont montré que pour les riverains qui se sentaient assez fortement exposés aux odeurs, cette exposition influait sur l’apparition d’états d’anxiété, d’irritabilité, de stress et d’agressivité. Cela laisse apparaître, qu’outre une gêne les odeurs provoquent d’autres réactions psychologiques caractéristiques d’un mal être. Dans leur étude Winneke et Kastka (1987) ainsi que Cavalini (1992) mentionnaient l’impact des odeurs sur l’organisme et engendraient des réactions physiologiques telles que des nausées, ou encore sur les états émotionnels tels que la tristesse, la honte. Notre étude montre que les états psychologiques ne sont pas à négliger lorsque l’on parle des impacts des nuisances olfactives sur les individus car ils ont autant d’importance et rendent compte d’un réel mal être des personnes.

 

Nous avons pu observer quelques maladresses dans la construction de nos items. En effet, les items relatifs aux attitudes envers l’industrie ne sont pas très discriminants. De même, les items relatifs aux états psychologiques ne sont pas représentatifs de ce que ressentent les individus confrontés aux odeurs. Dans le but d’améliorer le choix des items, des entretiens auprès de riverains sont nécessaires.

 

Toujours dans le cadre des odeurs d’origine industrielle et de leur impact sur le bien être des individus, nous pourrions élargir les connaissances dans ce domaine en proposant d’analyser l’impact de ces odeurs sur la satisfaction du cadre de vie ou encore sur la satisfaction résidentielle.

 

par Jean Chabaud publié dans : ace2
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